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Date de publication : ven 4 Sep 2026

Dans la nuit du 3 au 4 septembre 1942, 718 Juifs sont arrêtés à Bruxelles avant d’être déportés. Plus de huit décennies plus tard, se souvenir de la rafle des Marolles ne consiste pas seulement à honorer la mémoire de ses victimes. Comprendre les mécanismes qui l’ont rendue possible doit aussi nous rappeler combien l’État de droit et les libertés fondamentales demeurent fragiles.
Dans la nuit du 3 au 4 septembre 1942, la police allemande quadrille une partie du quartier des Marolles, à Bruxelles. De la rue Blaes au boulevard du Midi, en passant notamment par la rue des Tanneurs, des hommes, des femmes et des enfants juifs sont arrêtés à leur domicile.
Au total, 718 Juifs sont arrêtés et déportés. La plupart ne reviendront pas.
Cette rafle ne s’organise pas au hasard. Les autorités allemandes disposent notamment d’un registre des Juifs constitué par les administrations communales bruxelloises sous l’Occupation.
Des années plus tard, l’ancien bourgmestre de Bruxelles Freddy Thielemans évoquera, à propos de cette période, une histoire faite « d’ombre et de lumière ».
L’ombre, c’est celle de la collaboration administrative qui a contribué à identifier et localiser la population juive. La lumière, c’est aussi le refus des autorités bruxelloises de faire participer la police locale à la rafle et leur opposition à la distribution de l’étoile jaune. Des actes de résistance institutionnelle qui ont contribué à sauver des vies.
En 2012, la Ville de Bruxelles a officiellement présenté ses excuses à la communauté juive pour le rôle joué par l’administration communale dans l’établissement du registre des Juifs.
Aujourd’hui, dans les rues de Bruxelles comme dans de nombreuses villes européennes, des pavés de mémoire sont posés devant les derniers domiciles librement choisis de victimes du nazisme.
Ils donnent à voir ce que les chiffres risquent parfois de faire oublier. Derrière les 718 Juifs arrêtés cette nuit-là, il y avait 718 histoires, des noms, des visages, des familles, des existences.
C’est tout le sens du devoir de mémoire: préserver le souvenir des victimes et transmettre ce qui s’est produit. Se souvenir de la barbarie pour refuser qu’elle devienne une abstraction ou une simple ligne dans un livre d’histoire.
Mais au devoir de mémoire doit aussi s’ajouter le travail de mémoire. Une démarche critique qui cherche à comprendre comment une société en arrive à rendre possible l’inacceptable: comment des personnes sont progressivement désignées comme différentes, comment leurs droits sont réduits, comment des institutions et des administrations peuvent participer à leur exclusion et comment, étape après étape, ce qui paraissait impossible finit par devenir réalité.
Ce travail n’appartient pas qu’au passé.
Partout en Europe, l’extrême droite progresse. La Belgique n’échappe pas à cette dynamique. L’antisémitisme, le racisme et les discours qui désignent certaines catégories de la population comme une menace n’ont pas disparu.
L’histoire ne se répète jamais à l’identique. Mais elle nous apprend à reconnaître des mécanismes et à mesurer l’importance des garde-fous démocratiques.
C’est pourquoi la défense de l’État de droit et des libertés fondamentales ne peut être considérée comme acquise. Chaque restriction de nos droits doit rester strictement nécessaire, proportionnée et encadrée. Car les libertés perdues ou affaiblies ne se reconquièrent pas toujours facilement.
Se souvenir du 3 septembre 1942, c’est donc regarder le passé. Mais c’est aussi nous demander ce que nous voulons protéger aujourd’hui.
Protégeons nos libertés. Défendons l’État de droit. Et portons le Triangle rouge, symbole de la résistance aux idées d’extrême droite, à l’antisémitisme et à toutes les formes de racisme.
Parce que face à l’extrême droite, c’est toujours non, en fait.

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