Picardie Laïque
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Date de publication : ven 13 Mar 2026

Depuis la création du cours de philosophie et citoyenneté en 2015, les élèves de l’enseignement officiel bénéficient d’une heure obligatoire par semaine, et, s’ils le souhaitent, d’une seconde heure facultative. Le retour en arrière est constitutionnellement impossible mais la situation actuelle se révèle intenable pour le terrain, tant du côté des élèves, des enseignants, que des directions. Parallèlement, le monde qui nous entoure est de plus en plus complexe, sauvage et illisible. Tout indique donc la nécessité d’offrir une deuxième heure obligatoire par semaine. Enfin, à l’urgence de doter nos enfants de solides outils critiques, vient désormais s’ajouter le contexte général autour de l’enseignement. Tentative d’éclairage.
La plupart des interlocuteurs ne remettent pas en cause cette nécessité des 2 heures obligatoires. Depuis plusieurs années, les différents travaux parlementaires rappellent d’ailleurs cette nécessité des deux heures, traduite dans la résolution parlementaire de décembre 2021. Et pour cause, le difficile combat contre la polarisation du débat public, la simplification de la pensée et la tendance aux radicalités de tous bords ne se gagnera que si la génération montante est formée d’esprits libres, tolérants, citoyens et démocrates. Cette citoyenneté indispensable ne se décrète pas ; elle se construit progressivement, et forcément ensemble. Penser en nuance, démêler le vrai du faux, vivre ensemble…, sont autant de compétences citoyennes qui nécessitent d’être accompagnées, confrontées, entraînées. Les enjeux de société – désinformation, repli identitaire, discriminations, populismes, radicalismes, climato-scepticisme… – obligent nos élèves à se doter d’outils philosophiques pour apprendre à forger leur propre opinion, mais aussi exercer tout ce que recouvre le concept de citoyenneté. Cela ne peut se faire qu’avec une base solide de minimum 2 heures par semaine.
Aujourd’hui, au vu de la montée des radicalismes, de l’autoritarisme et des mensonges dans le monde mais aussi en Belgique, nous n’avons plus le luxe de considérer l’apprentissage de la citoyenneté comme secondaire. Ainsi, deux heures de philosophie et citoyenneté constituent désormais une urgence démocratique. Dans ce cadre, il faut rappeler que la démarche philosophique proposée dans ce cours neutre, est bien celle du décentrement. En d’autres termes, l’élève est invité à se décentrer de ses positions pour prendre en compte d’autres positions sur tous les sujets de société, condition fondamentale du respect du pluralisme démocratique. Ainsi, le dialogue inter-convictionnel ne peut être confondu avec le cours de philosophie et citoyenneté. Bien que nécessaire, il se limite au dialogue entre religions ou morales non religieuses/laïque. Imposer le dialogue interconvictionnel dans un cours de philosophie et citoyenneté ou l’envisager à sa place reviendrait à « dé-neutraliser » ce cours. Cela irait d’ailleurs à l’inverse de l’arrêt de la Cour constitutionnel quand elle a autorisé la dispense des cours de religion et de morale enseignés comme convictions et non comme faits sociaux.
Au-delà de cette question de fond, primordiale, vient désormais s’ajouter l’état de notre enseignement. D’abord l’enjeu de la pénurie des enseignants. La FWB traverse actuellement une crise de vocations pour ce métier essentiel. Quelles qu’en soient les causes, la priorité est de stopper au plus vite cette hémorragie. Pourtant, les conditions de travail auxquelles font face les professeurs de philosophie et citoyenneté – tant en primaire qu’en secondaire – peuvent les inciter à quitter le métier : modalités d’apprentissage insuffisantes, conditions de travail précaires et charge pédagogique et administrative décuplée. Les chiffres de turn-over dans cette fonction sont interpellants et illustrent une tendance claire. Au fond, quand votre idéal d’enseignant fait face à 500 élèves sur plusieurs implantations, pour lesquels vous n’avez que 50 minutes par semaine pour les sensibiliser à la question de la désinformation ou des prochaines élections, avant de (peut-être) les revoir la semaine d’après, n’a-t-on pas toutes les raisons de comprendre cette tentation de quitter ce métier ? Une enseignante de philosophie et citoyenneté et membre de l’AP.CPC le formulait sans ambages : « Vu les conditions de travail, je cherche clairement autre chose. » Deux heures de philosophie et citoyenneté ne régleront certainement pas la pénurie de professeurs, par contre, ne pas aller vers ces deux heures risque bien d’aggraver encore plus la situation.
Enfin, dans un contexte budgétaire tendu pour une FWB exsangue financièrement, il serait étonnant de continuer à défendre un modèle où des cours s’organisent pour 2, 3, voire parfois 1 élève. Le choix des cours de religion et morale exige l’organisation potentielle de 8 classes en parallèle pour une seule heure de cours.
Si notre Constitution évoque le droit des élèves à une éducation morale ou religieuse, rappelons que ses modalités d’organisation ne sont pas définies sous forme de cours dans la grille horaire. Proposer cette éducation morale ou religieuse est une nécessité constitutionnelle à respecter, mais en la maintenant hors de la grille horaire, elle aurait le mérite d’offrir deux heures à la nouvelle génération pour construire ensemble les solutions pour demain. Puisque nous leur laissons un monde en pleine transformation, ne leur devons-nous pas au moins ce véritable espace de réflexion pour apprendre à y faire face ?
Une carte blanche du Cedep (Centre d’études et de défense de l’enseignement public, dont est membre le Centre d’Action Laïque) et l’AP.CPC (Association des professeurs du cours de philosophie et citoyenneté)

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