Grève dans les prisons : le symptôme d’une crise qui perdure

Date de publication : jeu 10 Sep 2026

Le Centre d’Action Laïque appelle à changer de cap

Surpopulation carcérale, manque de personnel, infrastructures inadaptées, conditions de travail devenues intenables… À intervalles réguliers, les agents pénitentiaires déposent des préavis de grève pour ces mêmes motifs. Cette grève annoncée pour cinq jours ne fait pas exception : elle est le reflet d’une crise carcérale qui, depuis des années, ne trouve pas de réponse structurelle.

Des causes systémiques

Pour le Centre d’Action Laïque, les conditions de travail des uns sont indissociables des conditions de détention des autres. Prisons surpeuplées, équipes en sous-effectif et infrastructures inadaptées rendent à la fois le travail des agents plus difficile et fragilise le respect des droits fondamentaux des personnes détenues. Les conseillers et conseillères laïques qui assurent l’assistance morale dans les établissements pénitentiaires sont quotidiennement témoins des conséquences humaines dramatiques de cette situation. Derrière les chiffres de la surpopulation se trouvent des personnes qui vivent parfois vingt-trois heures sur vingt-quatre en cellule, des activités supprimées, avec des professionnels à bout de souffle.

Depuis la loi qui a instauré le service minimum en prison (2019), certains droits essentiels des détenus (promenade, accès aux douches, accès aux médicaments ou aux soins médicaux urgents…) doivent être garantis pendant les mouvements de grève durant lesquels les agents pénitentiaires sont réquisitionnés. Or, dans certains établissements, la pénurie de personnel est telle que même ce socle minimal peine à être garanti.

Les grèves plongent ainsi le système dans un véritable cercle vicieux. Les mauvaises conditions de travail des agents entrainent des conditions de détention difficiles. Moins de personnel signifie davantage de temps passé en cellule, moins d’activités, un accès réduit aux activités et aux contacts avec l’extérieur. Or, ces restrictions aggravent les tensions au sein des établissements, détériorent les conditions de détention et compromettent le travail de réinsertion. Elles rendent, à leur tour, le travail des agents encore plus difficile. Si le service minimum répond à une nécessité réelle de protection des personnes détenues, il ne peut constituer la réponse politique à la crise en étendant le mécanisme de réquisition aux grèves de deux jours ou moins, sans apporter de réponse aux causes de leur mobilisation.

Construire toujours plus de places n’est pas la solution

La Belgique connaît depuis des décennies une surpopulation carcérale chronique et se fait régulièrement condamner par la Cour européenne des droits de l’Homme pour ces raisons. Malgré les plans d’urgences adoptés par la Ministre de la Justice, et l’ouverture de la nouvelle prison de Haren, le problème demeure. Construire toujours plus de places n’est pas la solution et cela doit être répété à maintes reprises.

Continuer à augmenter la capacité carcérale, à criminaliser de nouveaux comportements, à augmenter les peines en restreignant les conditions d’accès à la liberté conditionnelle ou certaines mesures alternatives, engendrera indéfiniment le même mécanisme : de nouvelles places sont créées, puis rapidement occupées.

L’entrée en vigueur, ce 1er septembre, du nouveau Code pénal constitue à cet égard un changement bienvenu : il consacre l’emprisonnement comme ultimum remedium, qui ne doit être prononcé que lorsque les objectifs de la peine ne peuvent être atteints autrement. Or, cette évolution, certes positive, ne suffira pas à elle seule, si elle n’est pas accompagnée de choix politiques cohérents et ambitieux en matière de détention préventive, d’alternatives à l’incarcération, d’exécution des peines et de réinsertion.

Sortir de la logique répressive

Les constats sont connus. Les acteurs de terrain, les organes de contrôle et les experts formulent depuis des années les mêmes recommandations. Il est désormais nécessaire de sortir de la politique de l’urgence et d’engager un véritable changement de paradigme.

Le Centre d’Action Laïque appelle dès lors le monde politique à sortir de la logique répressive et de l’urgence pour s’attaquer enfin aux causes structurelles de la crise carcérale. Garantir les droits fondamentaux des détenus et garantir des conditions de travail dignes au personnel pénitentiaire ne sont pas deux combats opposés : ils se rejoignent dans une même exigence, celle d’un système pénitentiaire respectueux des droits humains, capable de remplir sa mission de justice.

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